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Chronique du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 7 octobre

On était dimanche, et aucune fumée blanche n’avait flotté au dessus du Château. Le fauteuil de Grand Chambellan aux Affaires Intérieures était toujours occupé d’une fesse par le Premier Grand Chambellan, monsieur du Havre, pendant que l’autre moitié de son auguste postérieur occupait le fauteuil qui lui avait été dévolu voilà dix-huit mois. Le duc avait alors affirmé avec force que son gouvernement était « fait pour durer ». Or c’étaient déjà sept ministres qui s’en étaient allés, qui pour tripatouillages – c’était le cas du duc de Béarn et deux duchesses – qui pour mettre de la distance avec notre Grand Potentat comme tout récemment le duc de Colon, qui encore, comme le Grand Jardinier monsieur de Hue-L’Eau, par écœurement consécutif à une indigestion de boas.

La StartupNation tanguait tel un navire balloté dans la tourmente. Mais notre Splendide Capitaine affirmait à qui voulait l’entendre que tout allait pour le mieux. Sa Sémillante Grâce décida d’aller visiter le Salon du Carrosse. Il fallut tenir les Riens et les Riennes à bonne distance. On les enferma derrière des cordons et l’on fit déployer la maréchaussée. Notre Petit Pilote privatisa ainsi la moitié de l’espace à son seul profit. Seul un petite troupe de gazetiers-nourris-aux-croquettes, dont la fidélité et la servilité étaient à toute épreuve, fut autorisée à suivre notre Pétulant Torpédo dans ses déambulations. Sa Dérisoire Arrogance indiqua aux pisse-copies que, dans le cercle qui l’entourait désormais, il y avait là « un cap, des institutions, un gouvernement au travail, au service du pays et du peuple ». « Le reste n’est que péripéties. Moi, je continue à conduire, » conclut magistralement notre Bouillant Cocher. Les gazetiers savourèrent la métaphore. De leur côté, les Riens et les Riennes, marchands de carrosses de leur état, et qui étaient venus des lointaines provinces dans la capitale pour visiter ce Salon dans le but de passer des commandes pour leurs clients, en furent pour leurs frais. Ils durent patienter de longues heures que sa Grandeur Chiffonnée daignât finir sa philosophique déambulation. Ils en étaient fort marris et conçurent pour notre Prétentieux Freluquet une colère des plus tenaces. C’était là chose inouïe qu’un roi républicain professe un tel mépris…

Son Extase des Altitudes avait décidé, pour l’anniversaire de la vieille République, de s’en aller se recueillir sur la tombe de Mon-Général, le premier roi républicain. Il avait prié ses Conseillers-nourris-aux-croquettes de lui concocter un de ces « bains de foule » au milieu de manants triés sur le volet. Notre Croquignolet Suzerain y apparaissait toujours tellement à son avantage ! Mais il n’était point question de réitérer les folies de Saint-Martin. On n’avait qu’à prendre des vieillards, le plus décatis possible. Et des femmes seulement, elles tombaient plus facilement sous le charme de notre Danseur de Tango. Bien qu’elles aient été dûment chapitrées à l’avance, certaines de ces mémés osèrent évoquer leurs difficultés grandissantes. La politique de sa Généreuse Redistribution avait consisté à prendre dans la poche des plus démunis pour gaver ses Très-Riches-Amis envers lesquels il était si redevable. Les maigres pensions de ces pauvres vieilles Riennes allaient en s’amenuisant. Qu’à cela ne tienne ! Notre Petit Copiste, tout inspiré qu’il était d’avoir arpenté la sainte demeure de feu Mon-Général, en compagnie de l’un de ses descendants, exhiba une parole du vieux briscard, totalement sortie du contexte dans laquelle elle fut naguère prononcée : « on n’a pas le droit de se plaindre ». Il énonça donc sur un ton fort docte, devant son parterre de vieilles fleurs désolées et un peu en colère, que « le pays se tiendrait autrement si on ne se plaignait pas. » Son auditoire protesta mollement, sa Mesquine Seigneurie leur ferma définitivement le caquet sur ces mots : « Je ne promets jamais, Moi, je fais. »

Le lendemain, notre Étrillant Tranche-Montagne tança sévèrement les Insoumis qui réclamaient une Vie République : c’était là des gens qui n’aimaient point l’État que sa Grandeur Inspirée incarnait si bien. Puis notre Infatigable Marcheur se rendit dare-dare prononcer – contre la volonté de la famille- un vibrant hommage à un chanteur qui venait – encore un, c’était une telle aubaine pour sa Cynique Infatuation – de rendre l’âme. Les Riens et les Riennes étaient partagés sur le défunt : il avait enchanté leur jeunesse de ses belles mélodies, mais il avait aussi beaucoup caché au Trésor ses écus, écus qu’il avait fait transiter vers d’hélvétiques coffres-forts. C’était à tout le moins un bel exemple pour notre Petit Banquier.

Sa Neigeuse Probité fit tous ces va-et-vient sans personne à ses côtés. La Reine-Qu-on-Sort avait disparu. Certains esprits facétieux suggérèrent sur les Réseaux Sociaux qu’elle s’en était allée vivre une idylle avec le vieux duc de Colon. Mais d’ indiscrets Officiers chargés de veiller sur le bien-être de nos Très-Dispendieuses-Altesses mangèrent le morceau : il y avait eu cassage d’assiettes au Château ! Ces braves racontèrent que « ça gueulait si fort  derrière la porte  qu’on a tout entendu». Ils portèrent à la connaissance de gazetiers curieux le message parvenu malgré eux à leurs oreilles : « il faut arrêter les conneries maintenant ». La Reine-Qu-on-sort avait parlé. Serait-elle entendue ?

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