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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du 1er septembre

Depuis le Royaume de Danemark où il s’en était allé faire des mondanités, avec de véritables altesses couronnées et blasonnées et recevoir tous les honneurs dus à son orgueil, son Ivresse des Altitudes communiqua sur la démission de son Grand Jardinier. Précédemment, les services du Château, sous la houlette de la très active Madame de Diaille, avaient envoyé quelques salves. « Notre bilan finira par lui faire regretter sa décision » avait-on fielleusement cuicuité. Notre Contrarié Freluquet choisit pour sa part de cajoler encore quelque peu ce grand ingrat de monsieur de Hue-L’Eau : « c’est un homme libre, il aidera de l’extérieur » avant de tancer vertement « c’est un combat qui ne se fait pas du jour au lendemain, il faut s’affronter au réel ». C’était là grande habileté de la part de sa Machiavélique Petitesse de faire oublier que c’était bien le réel, en la personne du glaçant Sieur de La Coste et de ses troubles agissements, qui avait rattrapé le Grand Jardinier.

Puis ce fut au tour de la Brigade des Sapeurs Courtisans de se répandre sur toutes les Gazettes et les fils de l’Oiseau Cuicuiteur pour éteindre l’incendie. On parla du « burn-out » du Grand Jardinier, on insista à l’extrême et jusqu’à l’absurde sur les états d’âme pour faire oublier les raisons politiques qui avaient conduit cet ingrat, cet inconscient, à la démission. Car enfin, il n’était point difficile de servir notre Grand Startupeur et celui-ci savait se montrer fort généreux avec celles et ceux qui lui léchaient consciencieusement les bas de soie. Tel ce monsieur de Baisson, un écrivaillon qui avait commis un hagiographique récit de la vie romanesque de nos Pipolesques Altesses – il était un proche de la Reine-Qu-on-sort et avait suivi de l’intérieur la campagne du Tournoi de la Résidence Royale- et que sa Reconnaissante Ardeur venait de nommer Consul de France aux Amériques, dans la bonne ville des Anges, sur la côte Pacifique. Ce poste était fort convoité, et jusque là réservé aux Grands Diplomates, dûment formés et habilités. Notre Turpide Souverain n’avait eu qu’à changer les règles de nomination pour cette charge. Nous étions bien dans le plus ancien des mondes, celui des courtisans partisans que sa Pétocharde Médiocrité utilisait comme de vulgaires bottes de paille pour lui construire un rempart contre la colère montante des Riens et des Riennes.

Notre Médisant Monarc, dès qu’il se trouvait à l’étranger, ne perdait pas une occasion de persifler sur ce peuple ingrat et rétif. Tour à tour traités de fainéants, d’illettrées, d’alcooliques, de cyniques, de mafieux, de fouteurs de bordel, de sans-chemises, voilà que les Riens et les Riennes de la vieille République – qui tardait tant à devenir la Glorieuse StartupNation – devenaient par le verbe complexe de sa Méprisante Hauteur des « Gaulois réfractaires au changement ». C’est devant un parterre de Danois – ce « peuple luthérien ouvert aux transformations » – que notre Grand Pourfendeur sonna la charge. Son Auguste Suffisance ne mentionnait pas que dans ce petit pays, les vieux Riens et les vieilles Riennes ne crevaient pas comme de pauvres bêtes dans des mouroirs, où du personnel harassé peinait à les soigner. Chez les Luthériens, on cajolait les anciens et les anciennes qui vivaient leurs derniers vieux jours dans de jolies maisons claires et ensoleillées. Notre Fieffé Manipulateur ne mentionnait pas que dans ce petit pays, les Chambellans et autres Importants ne s’accrochaient pas à leurs charges comme des berniques avariées à leurs rochers, quand leurs turpitudes étaient découvertes. Chez les Luthériens, on était d’une probité sans pareille.

Dans la StartupNation, on n’aimait pas les vieux et les vieilles. La petite duchesse de Berre-Geai pérora sur une Gazette pour assurer qu ‘on « pouvait demander un effort générationnel aux retraités ». Ils n’avaient qu’à acheter moins de sucreries à leurs petits-enfants ! Un autre des ces Courtisans-Nourris-aux-Croquettes, qui se paraît du titre ronflant d’éditorialiste – ce qui sonnait fort mieux que celui de gazetier – monsieur de Barre-Bier, que l’on voyait partout, le cou toujours ceint d’une écharpe rouge, son visage long et triste n’en paraissant que plus blafard, la lippe méprisante, et qui comptait parmi les Grands Thuriféraires du régime, prédit doctement que « la plupart des retraités mécontents seraient morts en 2022 », date à laquelle notre Immense Prince se représenterait devant ses sujets pour se faire à nouveau adouber, à moins qu’il ne décidât d’ici là de supprimer purement et simplement toutes les élections et de faire embastiller tous ces maudits et maudites Insoumis, option qui avait la faveur de Monsieur de Barre-Bier.

Dans la StartupNation, on récompensait toutes les turpitudes. Une certaine madame de Salle, qui avait été patronne de l’Institut de l’Image, et avait fait payer par cet Institut – par l’Etat, donc – tous ses frais de carrosse puis avait été condamnée par la Justice pour détournement de fonds publics , fut nommée Haut Fonctionnaire à l’Egalité, dans la Chancellerie de Madame de Nicène, à la Culture et aux Vestiges. Le petit monsieur de Berne, un histrion très cabotin, que l’on avait longtemps entendu sur les ondes des gazettes parlées, où il s’était fait connaître pour la vénération qu’il vouait aux Têtes Couronnées, et que notre Cireux Souverain avait nommé « Monsieur Patrimoine », commença à avoir des démangeaisons. Était-ce le mauvais exemple du Grand Jardinier qui le minait ? Ou celui fort excellent de monsieur de Baisson qui venait d’être élevé au rang de Consul ? Cet ambitieux, qui n’avait pas eu un mot pour déplorer la destruction de vestiges grecs dans la bonne ville de Massalia, alors même que sa charge eût du le conduire à aller s’enchainer aux dits vestiges pour qu’ils ne fussent point recouverts de béton, menaça de démissionner s’il s’avérait qu’il n’était « qu’un pantin ou un cache-misère ». Madame de Nicène s’empressa de le rassurer. On allait lui trouver une charge très en vue et mirifiquement rétribuée. Pour celle de Grand Jardinier, on se bousculait au portillon : la duchesse du Poitou, madame de Royale, était revenue des Pôles où elle avait été expédiée à la fin du règne du roi Françoué-dit-le-Pédalo. Elle connaissait sur le bout de la binette et du râteau cette charge, elle qui avait été la Grande Jardinière du roi, et sa Concubine avant qu’il ne fût appelé par le peuple floué à cette noble fonction. Elle se répandit sur les gazettes pour dire tout le bien qu’elle pensait des lobbies, qui défendaient les intérêts particuliers, desquels on tirait selon la duchesse l’intérêt général. C’était là un terrible contre-sens. On savait depuis Jean-Jacques Rousseau et son incontournable Contrat Social que l’intérêt général ne saurait en rien être la somme des intérêts particuliers. Las ! Notre Duchesse avait les dents qui rayaient le parquet. Elle voulait retrouver ses binettes et ses râteaux. Mais celui qui avait les faveurs de notre Minuscule Suzerain, c’était monsieur LeRouge, de son véritable patronyme monsieur de Conbandit, un autre histrion proclamé, qui s’était fait une réputation lors de la révolution de Mai 68, dans la dernière moitié de l’autre siècle. Il avait été présenté à tort comme un révolutionnaire, alors qu’il n’était qu’un joueur de pipeau tout entièrement acquis à l’ordre établi et aux valeurs de l’ordolibéralisme, si cher à la Grande Chancellière de nos voisins Teutons chez qui ce courtisan avait longtemps vécu. Depuis l’accession au trône de notre Grand Effracteur, il était partout où se montrait sa Morgueuse Suffisance. Il attendait son heure.

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