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Chroniques du règne de Manu 1er le Turpide

Chronique de la semaine du 28 juillet au 3 août.

Patatras…C’était le bruit que fit sa Trébuchante Petitesse en dégringolant de son piédestal. Dans toutes les enquêtes menées auprès des Riens et des Riennes, lesquelles enquêtes étaient pourtant tripatouillées à loisir par les faiseurs d’opinion, notre Déchu Zéphyr apparaissait au plus bas de sa popularité. D’aucuns se risquèrent même à le juger malhonnête. Il faut dire que l’affaire dite du Sieur de GrosBras était loin de s’éteindre. Ce n’était plus un verre d’eau, mais une bassine d’eau croupie. Chaque jour apportait un rebondissement supplémentaire. A quelques jours de la grande migration vers les plages – pour celles et ceux qui pouvaient encore s’offrir ce luxe arraché de haute lutte lors du bel été 1936- les Riens et les Riennes apprenaient pêle-mêle par les gazettes, qui continuaient d’enquêter, comment notre Machievalique Monarc s’était, ni plus ni moins, constitué une milice prétorienne dont le chef incontesté était le sieur de GrosBras, milice destinée à protéger sa Très-Précieuse Hauteur et à effectuer de troubles et douteuses missions, comment ce nervi s’était joué de la Maréchaussée en faisant disparaître un coffre au contenu mystérieux, comment il n’avait en rien été sanctionné après sa brutale équipée du 1er mai – il avait été vu molester violemment plusieurs Riens et Riennes protestant ce jour-là contre la politique de notre Grand Ruissellement, comment il disposait d’un laisser-passer diplomatique, alors même que l’Officier des Gens d’Armes qui, selon les vieilles lois de la République agonisante, était en charge de la protection du Très-Grand-Résident, n’en bénéficiait point… Des Riens et des Riennes qui s’y entendaient un peu en la chose politique trouvaient cette dernière révélation des plus étranges. Dans quels desseins notre Turpide Souverain avait-il œuvré pour faire obtenir à son nervi ce laisser-passer ?

Les officiers de la Maréchaussée, qui avaient remis au Sieur de GrosBras les images animées des Lucarnes de Surveillance de cette fatidique journée du 1er mai, étaient entendus par la Justice. Leurs aveux contredisaient en tout points les propos tenus par le Grand Secrétaire de sa Tyrannique Arrogance, le baron de Khôl-Air, lequel avait affirmé sans sourciller devant la Commission d’enquête de la Chambre Haute, que le Château « n’employait pas de vigiles privés pour assurer la sécurité du Chef de L’État » et que le Sieur de GrosBras « n’avait aucune responsabilité dans la sécurité » de notre Divin Imperator. Pour un supposé laquais préposé aux bagages, ce personnage était armé jusqu’aux dents. Les Officiers de la Maréchaussée affirmèrent que, lors des déplacements de notre Petit Manipulateur, c’était le Sieur de GrosBras qui communiquait « les souhaits et les volontés » de sa Capricieuse Petitesse, de même qu’il était au quotidien le récipiendaire de « télégrammes et de notes confidentielles » émanant de notre Grand Précieux.

Interrogé par une gazetière, le Grand Caniche de sa Majesté, le sieur Casse-Ta-Mère, ne souvenait plus du tout où il avait ouï dire que le sieur de GrosBras n’était qu’un simple commis aux bagages, ni comment les partisans de sa faction avaient des images animées – qui n’auraient jamais du quitter les locaux de la Maréchaussée- censées dédouaner ce décidemment bien étrange nervi…

Enterrer cette trop encombrante affaire, la noyer sous un flot de billevesées, la faire oublier en allumant des contre-feux, telle était la mission que les bouillants barons et autres trépidantes marquises de la faction de notre Grand Potentat s’étaient vus confier par Madame de Diaille, la très précieuse Conseillère de son Ivresse des Altitudes, une femme toute dévouée à l’édification du divin destin de notre Glorieux Tyran. La plus ardente dans cet exercice fut bien entendu la marquise de Chiapa, qui, lorsqu’elle ne se prenait pas pour madame de Sévigné – avec las le talent en moins ! – en faisant assurer aux frais de son ministère la renommée d’un fort plat et très ennuyeux recueil de lettres à sa progéniture, s’en allait courant toutes les gazettes parlées pour exprimer la très-haute-pensée de sa Poudreuse Majesté, criant à l’instrumentalisation par l’opposition de cette broutille malencontreuse avec le sieur de GrosBras, lequel, somme toute, n’avait fait que son devoir de vigile de la StartupNation en molestant ici et là quelques fâcheux, qui ne comprenaient, les bougres, que la manière forte.

Oublier l’affaire GrosBras, tel était le but affiché du somptueux diner auquel notre Grand Amphytrion et la Reine-Qu-on-sort convièrent les Chambellans, les sous-chambellans et leurs épouses, bref toute la Cour, le soir du premier jour du mois d’août. Ce fut une magnfique occasion de dépenser de l’argent magique et de sortir les belles assiettes. La veille, on avait pu voir le Grand Chambellan et le Grand Caniche de sa Majesté, qui glousser comme un escholier, qui tapoter frénétiquement sur une petite tablette ou sur un smartruc, pendant que l’Opposition déposait deux motions de censure à la Chambre Basse. Le tribun Gracchus Mélenchon tonna « Nous n’avons pas fini de détrôner les monarques » . Les députés de la faction de notre Suzerain Tyran se comportèrent comme à l’accoutumée en véritables automates, applaudissant mécaniquement à la moindre intervention de leur camp. La marquise de Pivert, fort décriée par toute l’Opposition, décréta qu’il n’y aurait aucun rapport écrit à la suite des auditions de la commission d’enquête. Il n’y avait plus rien à voir. Passez muscade, sussurait la dame. Mais on apprit à ce moment qu’un « déplacement de la police judiciaire dans le cadre de l’enquête » selon les dires d’un courtisan dont c’était le tour de participer au Concours des Euphémismes – en bon français cette opération s’appelait une perquisition – permit de découvrir des mousquetons et des arquebuses au siège du Parti de notre Trépidant Impérator. Les pompiers allaient devoir redoubler d’efforts pour inventer de nouvelles fadaises. Le navire prenait l’eau de tous côtés. Mais sa Tripatouilleuse Majesté n’en avait cure. Il faisait préparer par ses gens ses malles et celles – fort volumineuses – de la Reine-Qu-on-sort. La Cour allait se déplacer au Fort de Brégançon. Notre Grand Turpide comptait bien sur l’été pour que les Riens et les Riennes oubliassent ces bêtises. Ce qui était bien plus ennuyeux, c’est qu’il n’avait plus de GrosBras pour veiller sur lui.

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