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Chroniques du règne de Manu 1er Le Turpide

Chronique du 23 juillet.

Le Tout-Paris attendait impatiemment l’audition devant la Commission des Lois du Grand Chambellan, le duc de Colon. Pour ronger leur frein, les gazetiers, que l’on trouva soudain bien réveillés et moins enclins à engloutir les croquettes avec lesquelles le Château les nourrissait d’ordinaire, réexaminèrent la barbouzeuze affaire sous toutes les coutures et il apparut à beaucoup de Riens et de Riennes que ceux qui jusque là en avaient répondu avaient fabriqué là un tissu de menteries.

Menterie quand par la voix du Petit-Médor-la-voix-de-son-Maitre, on avait appris que le Sieur de GrosBras- tel était le nom du nervi au service de notre Grand Disparu – avait soi-disant été rétrogradé après avoir été filmé en train de battre comme plâtre un manifestant, et mis dans un placard-oubliette. Il n’en était rien, car ce personnage avait été vu partout où l’on avait vu notre Mensongeux Souverain depuis la dite affaire. Lorsque la dépouille de la Baronne de Veille – qui avait œuvré pour la cause des Riennes, trop souvent oubliées dans l’Histoire de la République – avait été convoyée au Panthéon, grand Tombeau des Gloires du Pays, le Sieur de GrosBras était en première ligne pour accompagner notre Historic Monarc. On le vit aussi aux premières loges dans le char qui ramenait les Glorieux Balleurs au Pied se faire cajoler et papouiller au Château par sa Bisouilleuse Petitesse.

De rétrogradation, il n’en avait point été question, et il semblait tout au contraire que le nervi avait gagné en considération auprès de son Généreux Maitre et que ce dernier ne pouvait se passer de lui.

Menterie quand il fut révélé que le décidément très incontournable Sieur de GrosBras bénéficiait de privilèges inouïs, alors même qu’il n’était point cheminot ! Jugez plutôt : un luxueux logis, qui lui avait été attribué juste après avoir été sanctionné d’une mise à pied, et dont les fenêtres donnaient sur le très prisé Quai Branly, un carrosse avec laquais – lequel carrosse ressemblant point pour point à un carrosse de la Maréchaussée- pour le conduire là où bon lui semblait… On lui avait également octroyé le permis de porter une arquebuse dernier modèle, et il était fortement question, avant que n’éclatât cette malencontreuse révélation, qu’il devinsse le Commandant en Chef de la Nouvelle Garde Prétorienne de son Immense Altitude. Notre Glorieux Menteur avait auparavant pensé à lui pour la Sous-Préfecture, mais c’eût été l’éloigner de Lui…

Menterie toujours quand il apparut que notre Tripatouilleux Monarc – en voyage aux Antipodes lors de funeste 1er mai – avait immédiatement été mis au courant des agissements coupables aux yeux de la vieille loi républicaine – loi qu’il conviendrait évidemment d’abroger pour rendre possible et même obligatoire de battre les mécontents jusqu’à ce que mort s’ensuive- de son Très-Proche-Garde-du-Corps. Notre Oublieuse Altesse n’ordonna nullement que ce manquement soit signalé à la Justice mais bien au contraire, demanda qu’on fît semblant de tancer le nervi et qu’on le récompensât en lui donnant un luxueux logis. D’aucuns se demandèrent pourquoi le Sieur de GrosBras, que l’on voyait sans cesse auprès de Sa Suspicieuse Grandeur, n’était pas du voyage au Pays des Kangourous. Lui avait-on, dans le secret d’un Cabinet Secret, confié une mission secrète de police secrète, alors que le Pays, comme le dirait plus tard le Duc de Colon, entrait dans une dangereuse et insoumise ébullition lors de ce début de mois de mai ? Ce Duc de Colon lui-même omettait de dire – alors qu’il avait été prévenu par ses zélés serviteurs du rôle joué par le Sieur de GrosBras – qu’il n’avait nullement prévenu la Justice des agissements de factieux du nervi de Sa Comploteuse Petitesse.

Menterie enfin – at last but not least- quand il apparut qu’il ne s’agissait point du seul sieur de GrosBras, lequel avait également bénéficié d’une promotion fulgurante dans la carrière d’Officier de la Réserve depuis qu’il oeuvrait pour notre Barbouzeux Souverain, mais bien d’un complet équipage de Spadassins qui avait été à la tâche en ce bien tumultueux 1er mai. Hormis le susnommé, on y trouvait un ancien Homme d’Armes, employé par la Faction de sa Trouble Perfidie, et un véritable Maréchal de Police en fin de carrière et plus très vaillant, que les Tribuns Insoumis reconnurent pour être celui qui les avait fort mal traités – au lieu de les protéger- lors d’un cortège funéraire d’une victime de la sombre bassesse humaine. Les fonctions dévolues par la Maréchaussée à ce vieux briscard étaient de chaperonner le bouillant Nervi. Quels étaient donc les noirs desseins dont étaient chargés ces Spadassins, outre la protection de notre décidément Très-Turpide Monarc, protection ordinairement dévolue sous les anciens rois républicains à la Maréchaussée et aux Gens d’armes ?

Pour quelles impériales mais néanmoins troubles raisons ce Méfiant Prince se créait-il une Police Secrète ?

On ne savait toujours pas où se trouvait sa Trouillarde Petitesse. Se terrait-il dans son Château pour ourdir avec ses Conseillers un complot pour faire oublier cette ténébreuse affaire – méthode préconisée par feu le Baron Passe-Quoi, qui s’était en son temps illustré dans d’autres histoires de barbouzeries.

Un boulanger prétendit l’avoir vu du côté de Varennes.

Le Duc de Colon se préparait à se faire questionner-mais-pas-trop, les factieux du parti de sa Fuyante Majesté étaient bien décidés à entraver l’enquête de l’Opposition ulcérée, toutes tendances confondues.

On délégua au Chambellan à l’Agriculture le soin de communiquer sur cette affaire qui sentait fort les oignons roussis ou les carottes cuites.

Le député de Basse-Bretagne, un certain Baron du Fût, révéla durant ces longues heures d’attente que le Sieur de GrosBras avait un laisser-passer pour entrer à l’Assemblée Nationale comme bon lui semblait. Qu’allait-il donc y faire ? Quels noirs desseins avait-il eu mission de tramer dans les antichambres ?

Une violente algarade éclata dans les couloirs de l’Assemblée Nationale entre le Grand Caniche de son Amoindrie Immensité , le Sieur Casse-Ta-Mère et la baronne de Montretout, qui se paya le luxe – cette Haineuse qui vomissait la République- de donner une leçon en la matière à ce haut dignitaire de la Startup Nation.

Le lundi matin, ce même Sieur Casse-Ta-Mère annonça dans une Gazette Parlée qu’il avait ouï dire que le Sieur de GrosBras n’avait été qu’un simple bagagiste au service des Balleurs au Pied, commis à s’occuper des valises fleurant bon l’embrocation et le jus de chaussettes sales.

Une Gazetière chef du service politique d’une des ces gazettes Brosse-A-Reluire des Très-Très-Riches anticipa la communication du Duc de Colon et chargea dans cette affaire – qu’elle qualifiait aimablement de « débordements » du seul sieur de GrosBras – les Tribuns Insoumis, accusés par la dame de vouloir nuire à notre Grand Réactionnaire. Pour un autre des ces gazetiers-nourris-aux-croquettes, un certain Couturier, c’était là une « peccadille » alors qu’il fallait se souvenir que notre Jupiter Sauveur nous avait évité la guerre civile, rien de moins !

Notre Divin Souverain communiqua enfin ! Il voulait que les coupables fussent châtiés « il ne doit y avoir aucune impunité pour qui que ce soit »  et il nomma pour enquêter au Château un certain baron de Khôl-Air, son Grand Secrétaire, lequel était cependant par ailleurs sous le coup d’une enquête pour tripatouillages en tous genres qui lui permettaient de favoriser commercialement des siens cousins armateurs.

Le Duc de Colon fut questionné. Il ne se souvenait plus être Chambellan. Il ne savait point que le « beau jeune homme » selon ses dires était le Vacillant Souverain de notre Pays. En un mot comme en cent, il ne savait rien. Hormis que les Insoumis fomentaient la Révolution et que les Terroristes rôdaient dans le Bocage nantais où se trouvait caché selon ses dires un arsenal de guerre.

Un Haut Dignitaire de la Maréchaussée fut également entendu par les Députés. A l’inverse du Duc de Colon, il ne cacha rien de ce qu’il savait. Pendant ce temps, les révélations sur le sieur de GrosBras continuaient dans les gazettes hier toutes dévouées à l’édification de la gloire de notre Grand Menteur. On apprit ainsi qu’il faisait partie du cercle le plus intime de sa Gigantesque Dégringolade, qu’il avait été à ce titre admis à connaître des secrets concernant notre Armée, qu’il avait les clés de la résidence d’été de la Reine Qu-on-Sort, que notre Dispendieux Prince avait demandé qu’on rénovât à grands coups d’argent magique le déjà fort somptueux appartement qu’il avait octroyé à son Omnipotent Garde-du-Corps, qu’il avait menacé un gazetier – qui voulait rendre compte des vacances d’hiver de sa Neigeuse Petitesse et de la Reine-Qu-on-sort-  en ces termes fort éloquents « Je sais où vous habitez à Paris et avec qui, je vais vous suivre maintenant ». A Marseille, où notre Bronzé Turpide avait passé quelques jours l’été qui avait suivi son avènement, il aurait menacé de mettre aux fers un peintre qui cherchait à immortaliser les royales vacances.

Le fin mot du jour fut attribué au petit duc de Grivot qui déclara fort pompeusement : «l’affaire du sieur Grosbras n’est pas une affaire d’Etat car une affaire d’Etat c’est quand il y a de l’opacité. »

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