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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Turpide.

Chronique de la semaine du 16 au 21 juillet.

Cette semaine aurait du être l’acmé, le firmament, le zénith pour notre Glorieux Monarc…las, il n’en fut rien ! Ce fut tout au contraire le début d’un gigantesque patatras.

Tout avait si bien commencé, ou plutôt si bien fini ! Sa Sportive Grandeur avait fort astucieusement réussi à être omniprésent lors du tournoi mondial de la Balle au Pied. On avait vu notre Bouillant Supporter partout, et surtout sur la table de presse, debout, lancé dans une chorégraphie dont d’aucuns disaient qu’elle n’avait rien de spontané, qu’elle avait été répétée minutieusement, avec cette même minutie et cette même ardeur que sa Zélée Hauteur avait mis à prendre, une année auparavant, des cours pour ne point hurler lors de ses apparitions en public – on l’avait vu en effet s’époumoner tel un furieux lors des premiers raouts lors de la campagne du Tournoi de la Résidence Royale. Notre Immense Ambitieux ne laissait rien au hasard dans l’édification de sa Trajectoire Fabuleuse.

Les ennuis commencèrent le lendemain, jour où rentrait au bercail « sa » talentueuse et victorieuse équipe de balleurs au pied. Ce n’était plus l’équipe de France, mais bien celle toute acquise à son Altesse Impériale. Dès le matin, une foule de Riens et de Riennes, que ce jeu de la Balle au Pied ravissait tant qu’ils en oubliaient leurs grandes misères et leurs petits soucis, s’était massée sur les Champs-Elysées pour fêter comme ils l’entendaient ceux qu’ils pensaient encore être les champions du pays, et donc un peu les leurs. Las ! Le char motorisé qui ramenait les héros du jour depuis leur aéroplane et qui devait les conduire au Château où notre Jupitout Ailé les attendait en trépignant, passa en trombe sur la royale avenue. Personne ne vit rien, tous brandirent leur petit « smartruc » pour immortaliser ceux qui leur passèrent sous le nez, et ils purent les apercevoir brièvement rivés à leurs propres « smartrucs » où ils avaient déjà engagé avec sa Capricieuse Petitesse une discussion exclusive. Les chargés de la communication du Château invoquèrent qui un retard de l’aéroplane, qui un fumeux contretemps, personne n’y comprit rien, hormis que notre Inaltérable Imperator les voulait pour lui et lui seul afin de parader et de se faire voir encore et encore dans le bulletin de propagande du Vingt Heures des Lucarnes Magiques. Avant le caprice de sa Mesquine Complexité, il avait été prévu que les glorieux buteurs allassent diner dans une des meilleures gargotes de la capitale, où on leur avait préparé un somptueux souper. Mais notre Mesquin Monarc pria ses hôtes de rester diner au Château. La Reine Qu-on-sort fut ravie de montrer à ces invités de marque ses belles assiettes. Son Divin Epoux quant à lui exultait de ne point avoir à partager ces magnifiques héros avec la vile populace, dont on avait empêché une partie, habitant dans les lointains faubourgs d’où était issu l’un de nos fantastiques balleurs au pied, de venir se répandre sur les Champs Elysées, lesquels avaient été bien mis à mal le soir de la victoire par une foule en délire, qui avait été jusqu’à saccager quelques échopppes.

Le jour suivant se passa sans encombre mais sans non plus l’embellie tant attendue dans les sondages. Ces gueux de Riens et de Riennes se montraient fort ingrats. C’était à en trépigner. Notre Frustré Suzerain allait se rattrapper en partant en voyage dans une lointaine province, sacrifier à ce que l’on appelait sous les anciens monarques ses prédecesseurs un « diner républicain ». On apprit aussi qu’un des barons du Royaume, le duc de Sol-Air, qui avait autrefois fait allégeance à la faction opposée à celle de sa Généreuse Altitude, et qui avait fort opportunément retourné sa jaquette de soie lors des dernières élections des représentants de la Startup Nation, était mis en examen par la Justice, cette grande injuste, pour fraude fiscale et favoritisme.

A l’Assemblée Nationale, on discutait d’une loi que notre Grand Législateur voulait à tout prix voir appliquer pour achever la mue de la vieille république en Royaume-StartUp-Nation. Les Insoumis faisaient de l’obstruction en faisant discuter des milliers d’amendements. La loi était d’ailleurs destinée à cela : museler pour de bon cette opposition braillarde et inutile.

Le mercredi, son Inoxydable Altesse partit dans la lointaine Dordogne. Le sélectionneur des joueurs de balle au pied, l’Honorable Des Champs, confirma dans une Lucarne Magique, que c’était bien notre Impérial Buteur qui avait exigé que les balleurs au pied restassent diner au Château, privant ainsi les Riens et les Riennes d’un petit moment de bonheur.

Le soir même, l’information était sur tous les Réseaux Sociaux : une gazette fort en vue, l’Univers, diffusait une petite scène enregistrée par un smartruc lors des manifestations du 1er mai. Ce petit film avait déjà été visionné par les Riens et les Riennes : on y voyait une scène devenue fort courante, des gens d’Armes, en particulier un, muni d’un énorme casque écussonné et d’un brassard « Police »,  violenter des manifestants. Le Reitre Noir frappait à plusieurs reprises un homme à terre et malmenait une femme en la tirant par les cheveux. On comprenait clairement que les autres policiers lui obéissaient au doigt et à l’oeil. Coup de théâtre : La Gazette annonçait qu’il ne s’agissait pas d’un véritable policier, mais que sous ce casque brutal se cachait en fait un Officier très-très-proche de notre Grand Timonier. Cet homme, celui que d’aucuns qualifièrent immédiatement de nervi, était l’homme chargé de la sécurité de sa Barbouzeuze Altesse. L’affaire commença de faire grand bruit.

Le lendemain, le Médor chargé de répercuter les propos de notre Turpide Souverain, fit une hallucinante allocution, dans laquelle il fit état de que le Château savait, de ce que notre Très-Transparent avait fait dès qu’il avait été mis au courant de ce qui ressemblait fort à une très grosse faute relevant de la Justice, à savoir mettre à pied pendant deux petites semaines celui qui avait eu ce comportement « inadapté » – alors même qu’il avait eu l’autorisation, sur un jour de congé ! de suivre les Policiers dans leur besogne de maintien de l’ordre, en ce jour où les rues de la capitale étaient le théâtre d’émeutes menées par ces fâcheux Insoumis …C’était là nous expliqua-t-il doctement la sanction « la plus lourde » jamais prise contre un collaborateur. Puis il laissa entendre que ce nervi n’était pas isolé, qu’ils étaient peut être deux ou trois, on ne savait trop….

La République n’était pas morte. Si elle vacillait sous les coups assénés depuis des mois par sa Grandeur Jupitérienne, elle n’en était pas encore à l’agonie et il lui restait quelques sursauts de lucidité.  Le tribun Gracchus Mélenchon délivra des interventions impeccables dans lesquelles il expliqua que le Grand Chambellan le duc de Colon, devait impérativement venir s’expliquer devant les élus de la Nation. Ce qu’on voyait apparaître au grand jour ressemblait ni plus ni moins à une police secrète, chargée des basses œuvres, tout au service de sa Grande Turpitude. Ces pratiques jetaient le discrédit sur la police de la République, et sur la République elle-même. On voyait clairement les manœuvres de Celui-qui-se-prenait-pour-Jupiter !

Pressé de s’expliquer sur le comportement pour le moins contraire à la loi de son très très proche, notre Sombre Suzerain eut ces énigmatiques paroles : « La République, elle, est inaltérable ». Mais, las, le grand cafouillage commençait !

A l’Assemblée Nationale, les élus du parti du Monarc-pris-la-main-dans-le-sac ressemblaient à des galériens, tant ils ramaient pour essayer de rétablir la situation en leur faveur. Las ! Ils n’étaient que quelques-uns et quelques-unes, les autres étaient occupés à se dorer le nombril sur une plage la plus lointaine possible. Les élus et les élues de l’opposition, emmenés par les Insoumis, refusèrent de continuer les travaux sur la Constitution tant que le Premier Chambellan ou à tout le moins le Grand Chambellan duc de Colon ne vinssent s’exprimer sur ce qui apparaissait comme une énorme affaire d’Etat. La Grande Chambellane de la Justice prit la parole. Elle ressemblait à une chouette effarouchée lorsqu’elle évoqua des gestes « absolument inadaptés » en parlant des pratiques pour le moins musclées observées sur le petit enregistrement visuel. Elle se croyait encore au concours des Euphémismes. Puis elle contredit les propos du Médor en expliquant qu’au grand jamais cet individu n’avait eu l’autorisation de suivre les manœuvres des policiers. La confusion continuait …

On apprit le lendemain que le Château lâchait le barbu barbouze, officiellement parce que ce dernier avait circonvenu de véritables policiers et gens d’armes pour obtenir les enregistrements des caméras de surveillance où on le voyait se livrer à ses coupables – mais autorisées au plus haut lieu- barbouzeries.

Tout ce petit monde se retrouva bientôt gardé à vue dans les locaux de la Maréchaussée.

Le Premier Grand Chambellan ne se déplaça pas à l’Assemblée Nationale. On le vit sur le Tour de France, cette épreuve sportive qui voyait s’affronter des sortes d’hommes-sandwiches sur des vélocipèdes carénés comme des fusées. Le Duc de Colon fut aperçu rôdant à la Chambre Haute, là où dormaient d’inoffensives vieilles bedaines qui, elles au moins, ne le sommaient de rien. Il annonça cependant sa venue à l’Assemblée Nationale pour le lundi suivant.

Les Insoumis avaient donc obtenu qu’une enquête parlementaire soit menée. La faction de notre Grand Turpide tremblait. La StartupNation vacillait sur ses fondements.

Notre Révéré Monarc avait quant à lui tout simplement disparu.

Un commentaire sur “Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Turpide.

  1. « sa Barbouzeuze Altesse » hahahahaha ! Toujours aussi excellent, vraiment merci pour ces chroniques hilarantes j’adore ! ❤

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