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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux

Chronique de la semaine du 7 au 15 juillet.

Notre Exultant Monarc exultait. Il exultait tant et plus qu’il en grimpa sur la table réservée aux gazetiers. L’équipe de la Startup Nation, son équipe, venait de remporter le Tournoi Mondial de la Balle au Pied ! Sa Majesté Déchainée en perdit tout sens de la mesure, sous les yeux narquois du Tsar Poutinus, et de la Reine Qu-on-sort, laquelle se cacha le visage lorsque notre Turbulent Galopin se mit à hurler et à agiter les bras en tout sens, tel un vulgaire fanatique, à l’image de ceux que l’on pouvait voir, dans les arènes dédiées à ce véritable culte, se lever en vociférant lorsque l’un des joueurs de leur équipe arrivait à loger la balle dans une sorte de cage, déjouant les jeux de jambes fort gracieux des joueurs adverses et narguant le gardien de ladite cage.

La pluie se mit ensuite à tomber et c’est sous des trombes d’eau – qui rappelaient fort celles qui avaient inauguré le règne du prédécesseur de notre Pénaltique Suzerain- que l’on vit sa Grimaçante Grandeur arborer un sourire halluciné, aux côtés des joueurs qu’il avait abondamment harengués, papouillés et palpés en tout sens comme il en avait coutume. Notre Bisouilleux Monarc ne s’était d’ailleurs pas arrêté aux joueurs. On avait pu le voir embrasser goulûment la reine du petit pays dont l’équipe de balleurs au pied avait affronté la nôtre, avant de se faire tirer par la main tel un petit enfant par cette dame fort sémillante. Cette souveraine passait pour fort modeste en comparaison de sa Dispendieuse Altesse. Elle avait, dit-on, emprunté un aéroplane réservé aux vulgaires pour se rendre chez le tsar Poutinus. Elle avait elle-même payé son billet. Ce train de vie tout frugal réjouissait certains Riens et Riennes de la Startup Nation, ulcérés par les folies ménagères de notre Turpide Potentat, mais ils en oublièrent que la dame venait d’honorer dans son pays la mémoire de séides Haineux, les Ustachis, qui s’étaient illustrés de bien méchante manière lors de la dernière guerre mondiale.

Sa Neigeuse Petitesse exultait donc. Cette victoire allait lui assurer une remontée fulgurante dans les sondages, ces enquêtes très orientées qu’il commandait à des institutions dont c’était devenu la spécialité d’interroger quelques Riens et Riennes triés sur le volet à propos de tout et de rien. Notre Grand Projet avait même fait nommer le fils aîné de la Reine Qu-on-sort à la tête de l’une de ces fabriques d’opinion. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ! La veille de cette date faste, sa Grandeur Etoilée avait commémoré comme il se doit la fête nationale de la vieille République. On y célébrait la prise d’une certaine Bastille, symbole de l’ancien pouvoir monarchique, que notre Vibrant Souverain avait en secret l’intention de faire reconstruire pour y mettre au cachot tous ces fâcheux d’Insoumis. Le Grand Chambellan et Duc de Colon, qui ressemblait chaque jour davantage à un personnage d’un des romans du grand Victor Hugo, le Bossu de Notre-Dame, bonté mise à part, y travaillait secrètement.

Sa Poudreuse Hauteur avait été installée sur un petit trône, en compagnie des autres dignitaires de la Startup Nation, dans une tribune, d’où elle avait pu voir les troupes défiler. Deux chevaliers pétaradant sur leur destrier motorisé s’emmêlèrent les bottes et les roues et échouèrent lamentablement au pied de notre Médusé Monarc, puis ce fut au tour d’un de ceux qui pilotaient les aéroplanes de la Patrouille de France de se tromper – volontairement ou non, les commentaires allèrent bon train là-dessus- sur la couleur des fumées larguées en l’air lors de périlleuses acrobaties. On put alors voir dans le ciel se dessiner un inattendu drapeau rouge-bleu-blanc-rouge, ce qui fit dire à d’aucuns que c’était encore un coup de Gracchus Mélenchon et qu’on pouvait y lire un hommage à la section révolutionnaire de la Patrouille de la République.

A l’issue de cette fort belle revue des troupes, on put voir notre Pénétré Suzerain se mettre la main sur le cœur, fermer les yeux et bredouiller vaguement les paroles de l’hymne national, revisité par Berlioz et entonné magistralement par les Chorales des Armées. A la suite de quoi, sa Martiale Suffisance se leva et alla saluer le Général Chef d’Etat-Major, homme à la belle prestance sous le képi, la Reine Qu-on-sort à la rescousse, perchée sur de vertigineux stilettos à qui les pavés parisiens, bien mis à mal par les blindés et les chevaux, ne pardonnaient rien. La dame dut s’accrocher au bras de son Royal Epoux afin d’accompagner comme elle le put notre Minuscule Frimeur que l’on vit donc conversant aussi dignement qu’il le pouvait avec le beau Képi.

Auparavant, lors de cette magistrale semaine dédiée à l’édification de la Gloire de notre Grand Ruissellement, les grands Barons de la Pharmacie, chefs des officines où se concoctaient des onguents et des potions censés soigner les maladies des Riens et des Riennes, avaient été reçus en grande pompe au Château, afin de se faire cajoler encore et encore pour avoir aidé notre Petit Laborantin à parvenir à ses fins.  Cette visite clôturait ce qui avait inauguré la prodigieuse semaine : le Congrès réuni à Versailles ! Notre Edifié Souverain avait tout planifié. Versailles deviendrait sa résidence personnelle ! Versailles, Versailles, où son Ambitieuse Altesse s’était faite introniser au début de son règne, où il avait reçu le tsar Poutinus, ainsi que les grands Saigneurs de la Phynance. L’Elysée se révélait si petit pour qui voyait aussi loin que notre Immense Timonier !

Sa Grandiloquente Complexité allait délivrer un discours dont l’Histoire se souviendrait ! Les tribuns Insoumis et Insoumises annoncèrent – par la voix du tribun Gracchus Melenchon – à notre Vexé Monarc qu’ils et elles ne se rendraient point à ce raout bien trop monarchique à leur goût de plébéiens. Gracchus Mélenchon fit publiquement savoir par une très belle missive qu’on ne le « priait » point, mais qu’on « l’invitait », et qu’il avait autre chose à faire – en l’essence des activités hostiles à notre Tyrannique Jupiter – que de l’aller voir et l’écouter fouler au pied la République qu’il chérissait tant.

Pour ce grand raout royal, son Infinie Arrogance fit dépenser tant et plus, « un pognon de dingue » pour reprendre cette expression que nous devions à notre Prodigieux Calculateur. Mais las ! Hormis pour les gazetiers-nourris-aux-croquettes qui encensèrent comme de coutume sa Prolixe Noblesse, il n’y eut pas grand chose à retenir du très creux discours de Versailles. Lorsque Notre Grand Ventilateur affirma qu’il « n’aim[ait] ni les castes ni les rentes, ni les privilèges », les Riens et les Riennes comprirent alors pourquoi sa Cynique Turpitude s’était attaquée à la caste des cheminots, à la rente des salariés et aux privilèges des retraités. Lorsqu’il affirma que « la retraite n'[était] pas un droit pour lequel on a[vait] cotisé toute sa vie », ils se dirent amèrement qu’ils allaient devoir continuer à payer la gabelle, à manger des cailloux et mourir au travail quand ils auraient la chance d’en avoir un. Notre Brillat Savarin fila enfin la métaphore pâtissière en serinant que « si on v[oulait] partager le gâteau, la première condition [était] qu’il y [eût] un gâteau ». Les Riens et les Riennes avaient présent à l’esprit l’énorme galette dégoulinante de crème dont les Très-Riches-Amis de sa Généreuse Hauteur avaient bénéficié depuis l’arrivée de leur champion à la Résidence Royale, et ils en conclurent qu’ils devraient se contenter des miettes, si toutefois les autres voraces daignaient leur en laisser quelques-unes, échappées à leur gloutonnerie sans limites.

Ainsi en allait-il dans la Très Glorieuse Startup Nation. La marquise de Montretout faisait pleurer son monde en serinant dans toutes les gazettes – qui lui prêtaient toujours une si complaisante oreille, que sa faction, les Rass’istes, était sur le point de disparaître corps et biens, car ne voilà-t-il pas que la Justice, cette grande injuste, accusait notre bonne marquise et ses factieux d’avoir abusé des émoluments que le Parlement Européen versait aux députés de ce parti pour qu’ils embauchassent du menu personnel, afin de vaquer aux taches ordinairement dévolues par le mandat, et faire ainsi semblant de représenter les pauvres naïfs et les vrais imbéciles qui avaient eu la faiblesse d’écouter les propos venimeux et mensongers dont ces Haineux étaient si coutumiers.

La marquise La Buse fut verticalement tancée par notre Impitoyable Monarc pour avoir laissé passer un impair à propos du « plan pauvreté ». La pauvrette s’était laissé aller à avouer les noirs penchants de son Suzerain Maitre et d’annoncer qu’on attendrait « la fin du tournoi mondial » de la balle au pied pour dévoiler à quelle mauvaise sauce les Moins que Riens seraient désormais cuisinés. Le Baron De Chiotte réclama « une flotte militarisée » pour « empêcher les migrants de quitter l’Afrique ». Il s’en noyait toujours autant dans la mer Méditerranée mais notre Maitre Nageur n’en avait cure : il avait sa piscine au fort de Brégançon.

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