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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux.

Chronique du 24 juin.

A peine l’affaire des Assiettes étouffée – les Riens et les Riennes étaient dans l’esprit de de notre Grand Vaisselier des oublieux, des impécunieux, en un mot des imbéciles dont on pouvait facilement venir à bout – son Immense Splendeur s’avisa qu’il lui faudrait bientôt sacrifier à la tradition inaugurée par Mon-Général, le premier roi de la République monarchique, bien des années auparavant, et aller passer quelques jours, au plus chaud de l’été, dans cette torpeur du mois d’août, pendant lequel les Riens et les Riennes s’adonnaient encore aux « congés payés » – mais plus pour longtemps, notre Grand Réformateur allait bientôt y mettre bon ordre – au Fort de Brégançon, au bord de la mer Méditerranée. L’idée de se baigner dans cette mer où pourrissaient les cadavres de ces Moins-que-Riens, ces importuns, qui étaient la cause de la brouille entre notre Cynique Comptable et le Condotierre Salvini, le chef des Haineux de l’autre côté des Alpes, révulsa fort sa Précieuse Suffisance qui ordonna tout aussitôt que l’on fit construire illico une piscine carrelée en porcelaine de Sèvres. Notre Maitre Nageur dépêcha le petit duc De Grivot pour éteindre l’incendie de protestations que n’allait manquer de susciter ce nouveau caprice royal. On donna à celui-ci quelques « éléments de langage » et les Riens et les Riennes purent ainsi entendre qu’il s’agissait en fait d’une mesure d’économie, que cela ne coûterait que trente quatre petits milliers d’écus, qui seraient d’ailleurs pris sur la cassette allouée chaque année à l’entretien de cette résidence, cent cinquante autres minuscules milliers de cette même monnaie- on ne savait d’où sortaient ces chiffres – que son Altesse Échauffée et la Reine Qu-on-Sort avaient bien le droit de se baigner avec leurs petits-enfants sans être importunés par les gueux les gazetiers, lesquels étaient pourtant toujours présents dès que son Impériale Grandeur se déplaçait dans le pays, dûment mandatés pour rendre compte de ses hauts faits et gestes. Mais certains d’entre eux prenaient des libertés et osaient depuis quelque temps poser des questions tout à fait oiseuses et notre Offensé Suzerain avait du en tancer sévèrement quelques-uns lors de son voyage sur les terres du baron Le Dri-Ant . On apprit tout à fait incidemment que, sur une route dont on avait pourtant ordonné qu’elle fût tout entière dédiée à son Immense Altesse, le passage du jupitérien carrosse fut la cause d’un accident, fort heureusement sans gravité, bien que les deux Riennes qui en furent victimes aient fini leur journée à l’hôpital . L’une d’elles confia à des gazetiers qu’elle avait été fort surprise de voir le carrosse rouler à vive allure au milieu de la chaussée. Elle en perdit le contrôle de sa modeste carriole et s’en alla heurter un autre de ces modestes véhicules. Dans le carrosse royal, on ne s’aperçut de rien. Et s’en fût-on aperçu qu’ on ne se serait point arrêté. Notre Petit Monarc était irrité . A Saint-Brieuc, ses Gens d’Armes avaient fort heureusement confisqué à des Furieux du matériel destiné à se faire entendre bruyamment. A Quimper, d’autres Furieux avaient manifesté leur mécontentement, mais ils avaient été tenus à distance, pendant que les barons et les baronnes de cette terre que l’on disait acquise à sa Modeste Pétulance étaient massés sous une tente, où la température montait dangereusement, dans l’attente pieuse du discours de notre Enflammé Conducator.

Quelques jours avant ce voyage, alors qu’il se déplaçait dans la Capitale, au Mont-Valérien, Son Historique Suffisance avait vertement remis à sa place un jeune Rien qui avait osé– on ne savait ce qui avait le plus révolté notre Monarc- siffloté quelques mesures de l’Internationale – ce chant au plus haut point irritant pour notre Grand Réactionnaire – et l’apostropher en ces termes « Eh, Manu, ça va, Manu ? ». Sa Chiffonnée Grandeur s’en trouva fort marrie et fit un sort au jouvenceau, en lui rappelant en des termes quelques peu curieux « d’avoir un diplôme et de savoir se nourrir soi-même avant de penser à faire la révolution ». Notre Petit Timonier, tout au rétablissement de sa gloire amoindrie, cuicuita lui-même l’incident. Une certaine gazetière s’émut de ce que c’était là une véritable humiliation pour ce jeune écholier, qui était devenu en quelques heures la risée de ses cruels camarades, et qu’il n’osait plus sortir de chez lui. Des Insoumis et des Insoumises, partisans et partisanes du tribun Gracchus Mélenchon, assurèrent à ce jeune brave toute leur sympathie. Il était leur héraut, lui qui, avec ce simple diminutif, « Manu », avait fait chuter notre Minuscule Jupéteux . Il se disait qu’en réalité cette leçon donnée par notre Révéré Monarc, était un gage supplémentaire donnée à la frange la plus réactionnaire et la plus moisie de la population, frange dont notre Petit Duce était un digne représentant, mais qu’elle apparaissait aussi comme un aveu de faiblesse.

Pendant ce temps, aux Amériques, dans le Royaume de Donald le Dingo, les enfants des pauvres gens qui entraient sans autorisation sur le territoire, étaient séparés de leurs parents et enfermés dans des cages, où ils pleuraient des jours et des jours. Une célèbre gazetière fondit en larmes, en direct sur une des nombreuses Lucarnes Magiques, en délivrant cette information. Cela émut le pays tout entier, et Milady Mélania suggéra à son affreux président de mari de mettre fin à cette situation. Le grand ami de notre Nébuleux Roitelet, Donald Le Dingo, décida alors de faire enfermer les enfants avec leurs parents dans d’affreux camps où ils attendraient ensemble d’être expulsés et renvoyés à leur misère.

Au Royaume de la Startup Nation, on s’émut fort de cette situation des petits enfants sur le territoire des Amériques. Mais c’était oublier que chez nous, cela faisait des lustres que les enfants des pauvres étrangers étaient enfermés dans des endroits qui n’avaient rien à envier à ceux de nos amis d’outre-Atlantique. Cette pratique avait été inaugurée sous le règne de Nico Premier, dit le Nabot, qui, avant d’être roi de la République Monarchique, avait été Grand Chambellan de l’Intérieur et avait mérité ce titre « Ministre de la chasse à l’enfant » tant, sous sa férule, on avait vu de gens d’armes faire irruption dans les écoles pour traquer les petits enfants qui n’avaient eu que le tort de naître étrangers. Chez nous non plus, point de First Lady pour s’émouvoir du sort de nourrissons enfermés avec leurs mère dans des « chambres » – en réalité d’infectes cellules- où la température atteignait difficilement dix degrés l’hiver, pour dépasser allègrement les quarante les étés caniculaires. L’actuelle Reine Qu-on-Sort était occupée à compter ses assiettes et à empiler dans les placards du Château des onguents destinés à combattre les méfaits de l’âge, cet ennemi impitoyable.

Chez nos voisins d’outre-Alpes, le Condottiere Salvini, chef des Haineux et devenu grâce au choix calamiteux de quelques-uns, guidés par une absence totale de cervelle et d’humanité, Grand Chambellan de l’Intérieur, avait décidé d’une « épuration » et avait décidé que les Roms, ces Moins- que-Moins-que-Riens, seraient « traqués rue par rue » . Le Condottiere était très fâché de ce que notre Jupitérienne Altesse ait osé lui donner des leçons, et il lui enjoignait d’ouvrir un des ports du Royaume-StartUp à un autre de ces bateaux menés par ces fâcheux qui avaient la sotte idée d’aller porter secours aux gueux. Qu’on les laisse donc se noyer !

Les Insoumises et les Insoumis continuaient inlassablement de soutenir les Cheminotes et les Cheminots, ces braves qui se battaient pour faire valoir un autre modèle de société, et qui avaient à faire à une des plus acharnées à œuvrer pour notre Grand Destructeur, la marquise De Bornée. Le sieur Castaner, le Caniche de notre Grande Turpitude, disait à qui voulait l’entendre que ces gueux de cheminots ne proposaient rien.

On en était donc là. Pour rajouter à ce sombre tableau, il faut noter qu’un Très-Riche, le Prince de Pine-Eau, dont il se disait qu’il possédait la troisième fortune du Royaume, avait osé trouver notre Aimable Banquier « point proche des petites gens ». Il faut dire que ce Prince était au mieux avec l’ancien roi Françoué, lequel se répandait partout en mauvaisetés sur son ancien Chambellan des Phynances. Le Duc de Ferre-An, un des plus ardents artisans de la conquête du Trône par notre Grand Projecteur, répliqua vertement au Prince de Pine-Eau, en ironisant sur la « commisération qui procure un supplément d’âme qui ne s’achète pas ». Comprenne qui pourra….

2 commentaires sur “Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux.

  1. Quelle plume ! C’est vraiment excellent… MERCI pour ce grand éclat de rire, sur des sujets pourtant, tellement graves ! Heureusement qu’il reste l’humour, et vous savez l’employer à la perfection… MERCI encore.

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