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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux

Chronique du 17 juin

Aquarius, Aquarius ….notre Cynique Altesse pensait en avoir fini avec ce nom ! Mais voilà qu’une ancienne Grande Chambellan du roi Françoué, tonnait un « J’accuse » des plus vigoureux, elle qu’on n’avait point entendue pendant le précédent règne, hormis au début lorsqu’il s’était agi de faire voter une loi permettant à des couples de même sexe de prétendre au sacrement républicain du mariage, que d’aucuns avaient fort opportunément confondu avec le sacrement religieux – le monarque de l’époque avait d’ailleurs soigneusement entretenu la confusion et on avait vu des hordes de haineux défiler dans les rues de la capitale au son de cette puérile ritournelle « un papa une maman », dans une débauche de rose et de bleu nursery du meilleur effet. Cette marquise, qui avait tenu sous le règne de ce pétaradant suzerain les grands cordons de la Justice, avait le verbe haut, mâtiné d’un très bel accent des Iles. Elle avait tout en même temps du essuyer moult injures racistes de la part des Haineux et avaler les couleuvres que le Grand Vizir Manolo avait fielleusement agitées à tout propos sur ce brûlant sujet de l’accueil des pauvres gens forcés de s’exiler de patries en guerre – que celle-ci fût martiale ou économique – et elle avait attendu la toute fin du règne du roi Françoué pour tirer sa révérence et dire tout le mal qu’elle pensait du procédé de déchéance de nationalité, lequel était défendu par le Grand Vizir Manolo, qui apparut alors comme frère jumeau de la marquise de Montretout, tant leurs opinions se rejoignaient en toute chose et tant la haine de l’étranger – ce qui, dans le cas du Grand Vizir, passait selon certains pour une aberration, mais nous n’en étions plus depuis longtemps à compter les contradictions de nos dirigeants- était leur bile commune.

A la décharge de la marquise de Tobyra, elle n’avait point trempé dans les épouvantables combines, machinations et autres complots de palais qui avaient amené les barons du Parti à la Rose, le parti du roi Françoué, à barrer la route de ce dernier au Tournoi de la Résidence Royale et à favoriser la candidature de notre Mensongeux Souverain.

Aquarius…Aquarius, donc … C’était le nom d’un bateau commandé par des Justes, qui sillonnait la mer Méditerranée, laquelle était devenue la dernière et triste demeure de celles et ceux qui avaient choisi de risquer leur vie pour tenter de poser le pied sur le continent européen, ce continent d’où étaient partis lors de lointains siècles des hordes de colons qui avaient méthodiquement pillé, sur ordres de leurs rois, les ressources de ce grand et beau continent, l’Afrique, le transformant peu à peu en France-A-Fric pour eux, et en terre de désespoir pour les autochtones, livrés, après la période de décolonisation, aux appétits de petits despotes dûment appointés par les anciens colonisateurs. Guerres, famines, misères, persécutions, les maux étaient légion qui poussaient ces pauvres gens à risquer la mort pour espérer une vie meilleure en Europe. Les Justes tentaient de les sauver, quand ils croisaient une de ces pauvres embarcations où entassaient femmes, hommes et même nourrissons, nés parfois hélas de viols subis par les femmes lors de ces épouvantables périples.

Aquarius…Aquarius …à qui les Haineux récemment arrivés au pouvoir dans la naguère riante Italie refusèrent l’accostage. Sa Cynique Turpitude observa tout d’abord un lourd silence, faisant mine de regarder ailleurs. Il fut applaudi en cela par un certain baron de Chiotte, qui se répandit en propos que n’auraient pas renié les Haineux du royaume, pour justifier qu’on laissât errer un navire rempli d’indésirables et de personnes assez sottes pour aller leur porter secours. Notre Oublieux Comptable osa ensuite fustiger le condottiere Salvini pour ce refus. Cela apparut alors à beaucoup comme une attitude d’un profond cynisme et ils rappelèrent fort opportunément que sa Méchante Petitesse avait déclaré un an auparavant « nous devons accueillir des réfugiés, c’est notre devoir » avec ce léger zézaiement que tous les professeurs en diction dûment mandatés n’avaient point su corriger. Gracchus Mélenchon et son mouvement, la France Insoumise, en référence à la première et seconde Républiques, qui accordèrent des droits aux Riens et aux Riennes, se fendirent d’un communiqué cinglant dans lequel étaient montrés du doigt la honte de nos voisins et le déshonneur de notre Nation.

Aquarius…Aquarius… enfin. Les tribuns de l’Ile de Beauté firent savoir qu’ils ouvraient les ports de leur Ile à ce bateau, renouant en cela avec la tradition corse de l’accueil de l’étranger. Eux qu’on disait repliés sur eux-même, donnèrent une sévère leçon à notre Nation décidément bien mal en point. Ce fut finalement vers l’Espagne, là où venaient de se passer un changement de pouvoir qui avait vu revenir aux affaires le Parti de la Rose, appuyé par des tribuns cousins de nos Insoumis, que fit route l’Aquarius, risquant près de sept cent vies, sur une mer déchainée. Les Justes firent amèrement savoir que pendant qu’ils étaient contraints à s’éloigner, personne ne viendrait au secours de celles et ceux qui continuaient à se noyer au sein de la sombre Méditerranée.

Fort heureusement pour notre Zézayant Monarc, les sujets du royaume StartUp  Nation allaient bientôt entrer en période d’hibernation cérébrale : le mondial tournoi de la balle au pied avait débuté dans la lointaine Russie, où sévissait le Terrible Tsar Poutinus. Notre Grand Vaisselier, dont une gazette connue pour ses irrévérences, le Colvert Ligoté, avait révélé qu’en matière de porcelaine, ce n’était pas cinquante petits milliers d’euros qu’il avait fait dépenser pour quelques assiettes, sur la suggestion de la Reine Qu-on-Sort qui voulait mo-der-ni-ser le Chateau et la vaisselle, mais bien plutôt cinq cent mille, pris naturellement dans le Trésor Public. Cette révélation, que les Courtisans Chargés de la Communication du Château avaient tenté d’étouffer en laissant fuiter le chiffre de cinquante mille euros était du plus vilain effet car, dans le même temps, sa Porcelainière Altesse avait été vue et entendue, dans un petit film de propagande, réalisé par la Marquise de N’Dyaye, grande cheftaine de la Communication, agiter les mains en tout sens et prendre un air fort inspiré pour déclarer, dans un langage qui faisait très peuple, que les aides sociales, appelés « minima » « coûtaient un pognon de dingue ». On y voyait ensuite sa Morgueuse Suffisance asséner cette immense lapalissade : malgré tout cela, les pauvres restaient pauvres !

Les Riens et les Riennes comptaient leurs pauvres sous : une assiette au Château coûtait un mois de ces fameux minima sociaux. Ils apprenaient aussi que sa Supersonique Petitesse avait fait affréter sa Machine Volante pour faire cent petits kilomètres dans le bocage vendéen du Duc De Villiers. Une heure de vol de cette Machine coûtait plusieurs mois de « minima sociaux ». De mauvais esprits susurrèrent que c’était pour qu’on ne voie point que personne, hormis quelques Riens et Riennes dûment rétribués pour venir applaudir notre Sérénissime Souverain flatter la tête blondinette d’une petite Rienne binoclarde, ne s’était déplacé pour acclamer sa Grandeur Amoindrie, et que bien au contraire il avait fallu une débauche de barrières et de Gens d’Armes pour contenir les furieux qui n’en pouvaient plus de manger dans des assiettes en carton, en ayant que de malheureuses miettes à y mettre.

Quelques jours avant la fête des pères, la Marquise de Schiappa, toujours prête à soutenir notre Débridé Suzerain dans son œuvre de destruction du modèle social de la vieille République, avait roucoulé, perchée sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur, avec son ardeur coutumière, une phrase qu’elle attribuait, dans sa grande suffisance, au Grand Karl Marx, un penseur qui avait le premier théorisé l’exploitation des travailleurs par le Capital .Après avoir applaudi des deux mains et des deux pieds à la petite phrase de notre Divin Banquier sur ces pauvres qui restaient toujours aussi pauvres malgré toutes les aides dont on les gavait, la Marquise avait ajouté en ouvrant les guillemets « l’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes ». Las ! Le père de notre Marquise était un des Riens dont la cervelle avait été façonnée par des penseurs révolutionnaires et il connaissait ses bréviaires par cœur. Il ne fallait pas lui en remonter là-dessus. Il se disait aussi qu’il trouvait la potion filiale bien amère, et qu’il n’avait point élevé sa fille pour qu’elle devienne la cireuse des pompes et des œuvres d’un personnage comme notre Bien-Détesté Timonier. Le citoyen et Rien qu’il était, l’ancien professeur d’un collège de ces lieux lointains que notre Grand Ruissellement imaginait pleins d’illettrées et d’alcooliques sans cravate, se fendit lui aussi d’un Cuicui cinglant, dans lequel il donnait à sa progéniture une brève mais sévère leçon de philosophie politique. La marquise protesta bien en disant que le patriarcat avait de beaux jours devant lui, mais il ne se trouva pas grand monde chez les Riens et les Riennes qui ne se soit senti vengé par le cuicui paternel.

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