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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux

Chronique du 10 juin

Le temps ne s’améliorait toujours pas, et il semblait à certains Riens et Riennes que le prédécesseur de notre Grand Ruissellement, le roi Françoué, dont l’inauguration du règne avait commencé sous une pluie battante, était encore en fonction. Ce roi déchu, qui n’avait pas osé se représenter au Tournoi de la Résidence Royale, et qui avait servi de marche-pieds à notre Petit Monarc, qu’il avait tout d’abord installé comme porte-parole du Château, puis ensuite comme Chambellan des Finances au palais de Bercy, où notre Cireux Banquier avait commencé à démarcher ses Très-Riches-Amis dans le but de devenir le prochain Roi, s’en allait courant le pays de supermarchés en supermarchés, pour dédicacer un livre que d’aucuns, fort mal appointés, avaient écrit pour lui, et où il disait tout le mal qu’il pensait de ce félon petit banquier sorti comme lui de la Haute-Ecole-de-L’Administration- et à qui il n’avait su rien refuser. Il se disait que notre Grande Hauteur se gaussait fort de savoir à quoi ce pauvre ex-roi se croyait réduit. Des conseillers fort bien avisés avaient recommandé à sa Poudreuse Suffisance de lire plutôt un brûlot écrit par un Rien, un certain Louis – un de ces gueux qui avait réussi on ne savait trop comment à suivre les cours de la prestigieuse école des Normes Supérieures, alors qu’il était né dans un affreux faubourg d’une ville dans ce qui s’appelait maintenant les Hauts-de-France – qui cherchait à régler des comptes à propos de la mort de son père, un Rien-moins-que-Rien. On avait susurré à sa Grande Complexité qu’il fallait à tout prix montrer au pays qu’en réalité ce Rien, qui ne l’était plus puisqu’il avait fait de hautes études dans une École où sa Grandeur Amoindrie avait piteusement échoué à entrer, était du même côté que notre Vibrionnant Timonier. Un des courtisans les mieux en vue au Château, le jeune Duc de Griveau – Notre Petit Calculateur aimait beaucoup à s’entourer de pétulants et fougueux jeunes gens – n’avait-il pas brillamment énoncé, dans une tribune de l’une des Gazettes qui avait permis la victoire de notre Grand Projecteur, qu’ils se battaient « pour l’homme pauvre », et d’ « assumer la fin de l’aumône républicaine d’un Etat-Providence ». Il fallait vite faire entendre raison à cet Edouard Louis. Las ! Ce dernier répliqua que son livre, dont le titre « Qui a tué mon père » faisait un peu désordre dans la StartUp Nation, était à charge contre le système qui broyait les Riennes et les Riens depuis une trentaine d’années, et qu’il écrivait « pour faire honte » à sa Grandeur Vexée et ses Très-Riches-Amis.

Décidément ces Riens étaient d’un ennui ! Trois d’entre eux, des cheminots, ces cochers des locomotives, s’étaient mis en tête – rien que cela! – de vouloir que notre Dispendieuse Élévation – qui venait, sur la suggestion de la Reine Qu-on-Sort, de dépenser cinquante mille euros pour renouveler quelques assiettes du service d’apparat du Palais, afin de mieux recevoir Ceux-qui-ont-réussi – les reçût ! Quelle outrecuidance ! Notre Bien-Détesté-Monarc préféra ouvrir les portes de son Château au Grand Vizir de l’Israel, un homme brutal et sanguinaire, que des Riens activistes n’hésitaient pas à qualifier de criminel de guerre, tant la répression qu’il exerçait envers un peuple voisin du sien était sans pitié. Et l’on put voir notre Cynique Banquier faire des papouilles à ce soudard et lui réserver le meilleur accueil.

Sa Réactionnaire Altitude reçut aussi dans ces mêmes jours un élu de la Nation que la Justice avait condamné – il avait été pris la main dans le sac à faire des entourloupes- et des associations qui luttaient fort contre le droit à l’avortement – conquis de haute lutte par les Riennes bien des années plutôt mais que d’aucuns, nostalgiques de l’époque des aiguilles à tricoter et des bébés abandonnés sur les marches des églises leur disputaient encore et toujours avec une méchante hargne – et contre le droit des couples de même sexe à désirer avoir des bambins à câliner et à faire sauter sur les genoux.

Un chanteur des rues, nommé Marc Ogeret – qui s’était illustré pendant sa longue carrière à chanter les misères et les luttes des Riens et des Riennes, s’en était allé voir si l’herbe était plus verte dans une autre vallée. Il demanda à être enterré avec un oeillet rouge, symbole de la Commune de Paris, que monsieur Thiers, un des lointains prédécesseurs du Grand Chambellan monsieur de Filippe, avait réprimé de si terrible façon. Notre Petit Timonier ne décréta cette fois aucun jour de deuil national, à l’inverse de ce qu’ il avait fait quelques mois plutôt quand un autre chanteur, pas des rues celui-là, puisqu’il ne fréquentait que la « jet-set », la société de l’argent-qui-coule-à-flot-et-des-paillettes, avait cassé sa pipe. La Marquise de Schiappa avait alors osé  un parallèle avec les funérailles du grand Hugo et sa Vinylique Altesse avait vu là une occasion de redorer son blason, qui avait eu, dès le début de son règne, une fâcheuse propension à se ternir et on l’avait vu, mine réjouie, se pavaner avec la Reine-Qu-on-Sort, aux côtés de la veuve du chanteur-idole-des-jeunes, qui jouait là un de ses grands rôles, dans une surenchère lacrymale du meilleur goût.

Les pauvres gens qui fuyaient la misère et les guerres continuaient de se noyer dans la Méditerranée, ou étaient retrouvés morts de froid sur ce triste côté des Alpes –dont son jumeau, le versant italien, n’allait pas tarder à devenir tout aussi triste, puisqu’était arrivé chez nos voisins un gouvernement de Haineux, dont l’un d’eux n’hésitait pas à dire qu’il suivrait, en matière de répression des exilés qui cherchaient un peu de bonheur dans leur océan de malheurs, le même chemin que notre Froid Gouvernail et son Impitoyable Grand Sinistre, le duc De Colon. Lequel duc s’acharnait contre ces pauvres Riens-moins-que-Rien. Non content de les voir crever comme des bêtes, le Grand Sinistre se haussait du col et employait pour plaire à son Maitre un des anglicismes dont ce dernier était si friand, et dont il convenait d’user et d’abuser si l’on voulait rester dans les bonnes grâces de notre Bouillant Manager. Le Duc de Colon utilisait la terrible expression « benchmarking » pour parler de ces pauvres hères qui ne savaient plus à quelle porte frapper pour espérer échapper à la mort et à la misère.

Dans le merveilleux Royaume-StartUp-Nation, les Haineux, qui avaient désormais à voir avec la conduite du pays voisin, s’étaient fait ripoliner de frais en se dotant d’un nouveau nom. La ChatelHaine de Montretout, leur cheffe, avait annoncé ce non-évènement en grande pompe et les Gazetiers stipendiés par la Phynance avaient abondamment relayé : sa Faction s’appelait désormais le Rassemblement National, ce qui avait donné l’occasion à de facétieux et néanmoins Insoumis de jouer sur les mots et d’instaurer ce nouveau qualificatif pour parler des Haineux : les Rass’istes. Une manière bien élégante pour pointer à la fois leur haine des étrangers et leur bêtise rance.

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